Bordeaux Aquitaine Marine

Le scandale de la Société Coloniale Philanthropique

Escroquerie au Sénégal -1817

En mars 1817, appareille du Havre La Belle Alexandrine, avec à bord 175 personnes, dont 20 femmes et 10 enfants, sous la direction du capitaine de frégate Cornette de Vénancourt. Ce navire est affrété par la Société Coloniale Philanthropique. Ses passagers; agronomes et ouvriers agricoles improvisés, débarquent le 12 avril, deux mois avant la mauvaise saison et s'installent à l'emplacement de ce qui est aujourd'hui Dakar pour y cultiver riz, canne à sucre, coton et indigo. extrait de : Laplace –Voyage autour du monde de la Favorite  - Paris, Imprimerie Royale, 1833 “Les événements ont fait oublier la Société coloniale philanthropique qui voulut, en 1817, coloniser la presqu'île du Cap-Vert. Je n'ai donc nullement l'intention de retracer dans tous ses détails l'histoire des désastres qu'elle éprouva, ni celle de ses fautes intéressées, et, je suis forcé de le dire, des nombreuses friponneries que commirent la plupart de ses principaux agents. Une courte notice en donnera une idée au lecteur, et nous laisserons retomber dans l'oubli une funeste entreprise qui causa la mort et la ruine de tant de malheureux. Les projets de cette prétendue compagnie furent conçus en 1815, et malheureusement approuvés, encouragés même tacitement par le gouvernement, qui plus tard repoussa les demandes extravagantes qu'elle faisait d'une charte, d'un prêt énorme, et enfin de plusieurs bâtiments de l'état qu'on aurait mis à la disposition des deux obscurs directeurs, appelés bientôt après devant les tribunaux. L'expédition partie de Rochefort pour aller prendre possession del'île de Gorée et de Saint-Louis (Sénégal), porta à la côte d'Afrique vingt-huit explorateurs philanthropes qui devaient être en outre entretenus aux frais de l'état. Mais l'effroyable naufrage de la Méduse termina la destinée de la plupart de ces premiers chercheurs de fortune. Cependant ni cet affreux événement ni les rapports défavorables de ceux qui avaient survécu ne purent arrêter la marche d'une affaire dont les résultats à venir étaient les moins intéressants pour les principaux meneurs. Aussi des prospectus ornés de gravures représentant la presqu'île du Cap-Vert comme un nouvel Eden, avec des rivières, des ruisseaux, des forêts d'arbres fruitière, dans un lieu où l'on ne trouve ni arbres, ni fruits, ni même d'eau courante, furent répandus avec profusion par toute la France. Les promesses les plus séduisantes et les plus fallacieuses en même temps engagèrent un grand nombre de malheureux abusés à vendre leurs petites propriétés pour payer les terrains, les esclaves, la fortune enfin qui devaient leur être concédés sur le sol africain. D'autres individus, tirés la plupart de cette classe avide de changements, que la paresse et la débauche tiennent toujours dans le besoin, vinrent compléter au Havre le nombre des futurs colons du cap Bel-Air. Ce fut alors que le gouvernement, éclairé, mais trop tard, par les renseignements venus du Sénégal, voulut en vain ouvrir les yeux à ces malheureux. ils avaient tout abandonné, l'avenir seul leur restait. Ils partirent du Havre sur le navire du commerce la Belle Alexandrine, qui vint les débarquer à leur destination le 12 avril 1817, deux mois au plus avant la mauvaise saison. L'on jugera facilement quel effet dut produire sur ces hommes qui cherchaient la terre promise, la vue du cap Bernard, avec ses rochers dépouillés de végétation, des sables brûlants pour verdure, d'énormes baobabs pour arbres fruitiers, et enfin en place d'esclaves, des nègres libres, rusés et voleurs. Les dissensions dont les premiers germes avaient paru avant le départ de France entre les émigrants et les directeurs de la compagnie, éclatèrent avec une grande violence pendant la traversée. Les principaux agents furent accusés par les autres passagers d'être complices de la friponnerie dont ceux-ci commençaient à soupçonner les résultats. Mais le désordre fut à son comble quand au lieu des maisons toutes prêtes pour les recevoir, des terrains tout défrichés qui leur avaient été promis, les émigrants ne trouvèrent qu'un sol aride et stérile dont la possession ne leur fut même accordée par les nègres qu'à de très-onéreuses conditions. Les ouvriers refusèrent de travailler, les agents de la compagnie se réfugièrent à Gorée ou à Saint-Louis, et chacun s'appropria ce qu'il put des vivres et des approvisionnements qui avaient été débarqués et abandonnés sans abri sur l'emplacement du futur chef-lieu de la colonie. Cependant la mauvaise saison était arrivée, et surprenant les nouveaux colons armés les uns contre les autres, sans abri et sans aucune précaution contre les pluies, elle les décima rapidement. La plupart des prétendus philanthropes se sauvèrent dans les colonies françaises voisines, où ils reçurent des vivres du gouvernement, mais où presque tous succombèrent aux maladies du climat ; le reste s'embarqua pour l'Europe sur les bâtiments de l'état; mais ils ne furent pas plus heureux que leurs camarades, et ils moururent en partie à l'hôpital de Rochefort. Six de ces émigrants, doués de plus d'énergie et de moyens que les autres, voulurent rester sur la presqu'île de Bel Air ; ils construisirent des maisons, firent des plantations, luttèrent contre la mauvaise fortune, dans l'attente des secours promis en France et qui ne vinrent pas. Au mois d'août ils avaient disparu, plaints des habitants de Gorée et dignes d'un meilleur sort. En France les opérations de la compagnie ne furent pas plus heureuses; elle continua, il est vrai, encore pendant quelque temps à faire des dupes, malgré les avertissements réitérés du gouvernement; mais enfin les réclamations de ses victimes s'élevèrent de tous côtés avec tant de violence, que la justice informa contre les directeurs, dont le plus influent disparut et avec lui tous les projets de colonisation”. Note extraite de Wikipedia : La Société coloniale philanthropique de Sénégambie était composée de trois classes de blancs, les actionnaires, les souscripteurs et les engagés : · Le titre d'actionnaire, pour lequel les colons devaient verser une somme de mille francs, donnait droit à une concession de deux cent cinquante hectares, un « nègre domestique » pendant trois ans, et des vivres pendant une année. Le colon devait acquérir des esclaves noirs pour défricher et faire valoir sa concession. · Les souscripteurs étaient aussi actionnaires, mais leur mise de fonds, plus modeste ne leur donnait droit qu'à vingt cinq hectares de terre. · Les ouvriers, que la société transportait à ses frais dans la colonie formaient la classe des « engagés », un terme qui sera repris ensuite pour les esclaves affranchis utilisés plus tard dans l'agriculture sénégalaise. Nourris, logés et vêtus par l'administration, pendant trois ans, ils devaient travailler exclusivement pour la société.
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